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Bonjour le Burkina-Faso avec le P.Buffet le CCFD

Michel Buffet et Pierre Genais, secteur paroissial Bastide-Floirac, Bordeaux

RCF- Dans le cadre de l’émission « Bonjour la Planète » nous accueillons le P.Michel Buffet de la Congrégation des Fils de Marie Immaculée qui a vécu pendant 27 ans au Burkina Faso et est revenu en France l’an dernier.

Le Burkina Faso, un pays enclavé

M.B. J’ai d’abord vécu en brousse dans un secteur à la frontière du Mali, dans la région de Nouna-Dédougou. Puis je suis allé à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina, appelée parfois « capitale économique ». Ensuite j’ai rejoint la capitale Ouagadougou où l’évêque avait demandé à notre Congrégation de lancer une nouvelle paroisse, vaste paroisse avec une partie dans les quartiers ouest de la ville en pleine expansion et le reste sur une longueur de 40 kilomètres avec une trentaine de villages. Plus tard, je suis revenu à Bobo-Dioulasso. En 1984, j’ai commencé par un séjour de 6 mois au Mali pour apprendre le bambara, une des langues parlées au Burkina Faso et dans l’Afrique de l’ouest.

RCF- Pouvez-vous nous faire le portrait du Burkina Faso.
M.B. C’est un pays enclavé, sans accès à la mer. Grand comme la moitié de la France, il compte 60 ethnies différentes. La langue de l’administration c’est le français : il a été colonisé par la France et a été appelé la Haute-Volta, du nom du fleuve qui le traverse. En 1984, au moment de la révolution sous Thomas Sankara, il a pris le nom du Burkina Faso qui a le sens de patrie des hommes intègres. Au nord, la zone Sahélienne, au Sud, un territoire plus arrosé. Sa population est de 13 à 14 millions d’habitants, beaucoup de Burkinabés ont émigré vers la Côte d’Ivoire voisine pour travailler dans les champs de café et de cacao. On estime à plus de 2 millions leur nombre en Côte d’Ivoire.

RCF-Que diriez-vous de la faim, des déficits céréaliers, de la souveraineté alimentaire…<br />
M.B. L’an dernier, il y a eu une très mauvaise pluviométrie, ce qui a causé la perte de beaucoup de céréales. Il devient de plus en plus difficile de stocker des céréales parce qu’elles sont devenues plus rares et que les besoins de la vie quotidienne sont de plus en plus nombreux. Des vieux m’ont dit, qu’avant la colonisation, ils avaient jusqu’à 7 ans de provisions de céréales dans leurs greniers. Depuis bien des années, la pluviométrie étant de plus en plus irrégulière, cela est impossible.

un marigot : chaque point d’eau compte.

RCF- S’ajoute à cela, le développement de la culture du coton au détriment des cultures locales.
M.B. Oui, les cultures de rente ont poussé à abandonner les cultures céréalières. Peu à peu, les gens se sont rendu compte que les cultures de rente appauvrissaient plus vite les sols et si le marché mondial se dégrade, alors ils n’étaient plus assurés d’avoir de quoi manger.

RCF- Il y a quelques années, le CCFD a lancé une campagne « L’Europe plume l’Afrique ». Il s’agissait de l’envoi massif de viande de poulets dans certains pays d’Afrique. Je ne pense pas que le Burkina ait été touché par cette opération, par contre cela mettait un frein à l’exportation des petits poulets burkinabés au goût incomparable.
M.B. Ce qui est vrai des poulets importés d’Europe est vrai aussi pour le lait. La grosse importation de lait fait chuter la production des petites laiteries locales qui font des yaourts à partir des élevages des Peuls. Même chose pour le riz : les Burkinabés cultivaient un riz fluvial de très bonne qualité : cette culture a été découragée par l’importation de riz de 2ème et même de 7ème catégorie venu de pays d’Asie : ces riz n’ont pas les mêmes valeurs nutritives et peuvent même être dangereux pour la santé.

RCF- Et l’accaparement des terres par des populations nouvelles
M.B. Je ne l’ai pas constaté quand j’étais au Burkina Faso, mais j’ai vu des Burkinabés qui ont de gros moyens acheter des terres, quitte à faire partir les petits paysans locaux. Les Burkinabés exportent beaucoup de viande de bœufs et de poulets.

Intermède musical avec une chanson de Victor Démé

M.B. J’ai accompagné Victor à Bobo-Dioulasso quand il enregistrait ses premières cassettes. Ses chansons en dioula touchent la jeunesse parce qu’il parle de l’avenir du pays. Maintenant Victor Démé est connu sur la scène internationale.

RCF- Quels signes d’espérance voyez-vous ? Vous m’avez dit que vous avez vu des évolutions.
M.B. Un très gros efforts a été fait pour que se développent les cultures maraîchères. On en est venu à utiliser la période de la saison sèche pour la culture des oignons, des choux, des salades, des haricots verts. Il a fallu apprendre d’autres méthodes avec la culture en ligne, l’utilisation d’engrais organiques, etc. Ces légumes sont exportés mais ils sont aussi introduits dans l’alimentation locale. C’est nouveau et c’est bon !

Les femmes ont crée un tas de petites coopératives

RCF. Les femmes ont de plus en plus de place dans les domaines maraîchers, par exemple pour la commercialisation du riz et des produits laitiers.
M.B. Elles ont créé un tas de petites coopératives pour la culture des oignons, la fabrication des yaourts, la vente du riz.

RCF. Parlez-nous de l’accès à l’eau.
M.B. C’est un gros problème. Au Sud, il tombe 1000 millimètres par an, il en tombe de 200 à 300 au Nord. Le gouvernement a lancé une grosse opération avec plusieurs milliers de forages. L’eau sera très vite un enjeu majeur pour le pays.

RCF. Avec d’autres Organisations non Gouvernementales, le CCFD soutient « l’Afrique Verte ».
M.B. Effectivement, les paysans sont mieux organisés avec des banques de céréales et des contrats entre zones de production.

RCF. Et les intrants ?

Les paysans s’organisent pour défendre leurs propres productions

M.B. Des tractations ont eu lieu avec la multinationale Monsanto qui voulait tout prendre en charge : la fourniture de semences et des engrais. Je crois que ces tractations continuent encore pour ne pas entrer trop vite dans le système que veulent imposer les multinationales s’inquiétant peu du sort des paysans. Des organismes comme le CCFD conscientisent et donnent des conseils pour que les paysans défendent leurs propres productions.

RCF. Les paysans deviennent les promoteurs de leurs propres projets…
M.B. Les paysans sont déconsidérés. Des enfants n’osent pas dire que leur père est paysan. A la question « Que fait ton père ? », un élève répondait « il ne fait rien ! ». En fait, il est paysan !

RCF. Avant de terminer cette émission, nous relayons l’appel d’urgence du CCFD-Terre solidaire pour le Sahel : chaque don est un geste de vie.
http://ccfd-terresolidaire.org

Pour écouter cette émission sur RCF Bordeaux : Culture et société
Bougeons la planète - Un rendez-vous avec le CCFD Terre Solidaire
www.rcf.fr/radio/rcf33/emission/219385/363252