La famille de l'Incarnation

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Sr Fideline : du Cameroun à Bordeaux

L’espérance qui m’habite

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Ce lundi 2 février, fête de la Présentation du Seigneur et de la vie consacrée, Sr Fideline témoigne de l’appel qui l’ a conduite à s’engager dans la vie religieuse comme Ursuline de Jésus. Elle est en communauté à Bordeaux pour y poursuivre lses études.

LE TEMPS DU TEMOIGNAGE

C’est un plaisir d’être avec vous et de rendre grâce au Seigneur avec vous pour la vie consacrée.

Je m’appelle Fideline Yonbang Doungmo, je suis en communauté à Bordeaux depuis septembre 2013. Vous ne me voyez pas très souvent à la messe en semaine, j’en suis consciente et je m’en excuse : je suis des cours à St Joseph de Tivoli, je vais à la messe à la Madeleine ou à Notre-Dame en fonction de mes horaires de travail.

Je vais vous exprimer l’espérance qui m’habite, même si pour parler de mon histoire vocationnelle, 15 minutes, c’est bien court !

Je suis née dans l’Ouest du Cameroun, dans une famille chrétienne et j’ai vu la foi de mes parents grandir au fil des années. Le Christ pour moi n’a jamais été un étranger, il est tantôt mon ami, tantôt mon grand frère,…. Ce qui me tient à cœur, c’est de faire la volonté de Dieu dans ma vie. Je lui demandais « Petit Jésus, est-ce que tu veux que… »

Petit Jésus, mon complice, connaissait mes aspirations à être une bonne femme d’affaires. Quand j’étais au lycée, je ne connaissais pas de sœurs…. Plus tard, quand je voyais des sœurs, je me disais « Quel gaspillage ! ». Au moins les prêtres, je les comprenais ! Ils disent la messe, visitent les chrétiens à domicile, accompagnent les familles endeuillées, … ils servent à quelque chose ! Mais les sœurs ?

J’ai fini mes études supérieures et commencé mes premiers pas dans la vie active, hébergée pendant 3 ans, par mon cousin prêtre avec d’autres étudiants. Ce fut la grande découverte de l’adoration au Saint Sacrement, une vie de prière intense soutenue par l’accompagnement spirituel…. J’ai vu que beaucoup de personnes souffraient et venaient le voir pour qu’il les écoute, c’est là que j’ai pris conscience de la souffrance et du mal dans notre monde. J’ai été transformée ! Mes aspirations premières se sont dissoutes sans que je ne m’en rende réellement compte et d’autres désirs ont envahi mon cœur : m’occuper de l’être humain, prier pour les gens, les écouter, les encourager, les aider à trouver des solutions à leurs problèmes…

Les autres voyaient que je pourrais être religieuse. Parfois, j’étais surprise de m’entendre appeler « ma sœur ». Devenir contractuelle de la République ? Non ! … je me sentais tiraillée…

Par l’intermédiaire de mon cousin, j’ai fait connaissance avec les sœurs Ursulines de Jésus que je saluais d’ailleurs à distance ! (pas question de me faire contaminer par cet esprit de « folie » de suivre le Christ de cette façon-là !)

En fin de compte, j’ai résisté en vain et je me suis décidée à dire oui ! Mais où ? Je voulais une Congrégation où les sœurs ne porteraient pas une tenue spéciale.

Je suis chez les Ursulines de Jésus depuis janvier 2007. Je suis allée dans le Nord-Cameroun… ( il faut dire que les Ursulines ne sont même pas dans ma Région !)

J’entends toujours parler de crise des vocations. Je suis sûre que le Seigneur appelle toujours mais les bruits de ce monde font que les jeunes ne répondent pas à son appel. Prions sans nous lasser. Priez pour que ça soit chez le voisin… et lui priera pour que ça soit chez vous ! Le Seigneur aura le choix !

LE TEMPS DES QUESTIONS

Q/ Daniel. Avez-vous l’impression que nous sommes moins chrétiens que chez vous ou chrétiens différemment ?

Je pense que seul l’Esprit Saint pourrait apporter un élément de réponse ! Nous ne pouvons pas procéder par comparaisons.

Le premier dimanche que je suis allée à la messe ici, j’ai dit : « on dirait une veillée funèbre ! »
Chemin faisant, je vois que c’est le style d’ici… On n’a pas les mêmes valeurs …
Mon désir est de témoigner du Christ qui nous habite. C’est les autres qui nous voient vivre qui peuvent dire « Voyez comme ils s’aiment ! ». On peut aller à la messe et réagir méchamment, alors ça n’est pas la peine ! Il nous faut nous soutenir mutuellement.

Q/ Raymond de Centre Afrique : La France nous a permis d’avoir une culture supplémentaire ? A travers cette expérience de vivre en France, qu’est-ce que vous apporterez de plus dans votre pays ?

Se frotter à une autre culture, ça donne du recul par rapport à certaines pratiques. A certains moments, on veut s’accaparer le Christ, on veut le mettre dans un vase. Au Nord-Cameroun on fait comme ci … Au Sud-Cameroun, on fait comme ça … C’est le même Esprit qui nous anime pour que se dévoile la beauté de l’Incarnation. Par exemple, ici, avec la Chorale Voix d’Afrique, j’ai participé à une bénédiction de mariage dissociée de l’Eucharistie et là, j’ai redécouvert l’originalité de ce sacrement ! Même chose pour les baptêmes !

Q/ Germaine … Comment ça se passe lorsqu’on vous demande de partir ?

Tout se fait dans le dialogue et le discernement avec les responsables de congrégation. Le Seigneur nous laisse libre, non ? ….Je sais quand j’arrive dans un endroit, je ne sais pas quand je vais partir !
Je suis venue ici pour casser les frontières, découvrir la France, goûter le lapin aux pruneaux ! Et découvrir comment la foi est vécue dans une autre Réalité.
Jésus procède avec moi par apprivoisements. Ce n’est pas souvent du chocolat doux ! Je peux commencer par dire d’abord « je ne veux pas… » Puis en arriver à dire « Père, non pas ma volonté mais la tienne ». Le oui se renouvelle chaque jour, chaque seconde. Quand j’ai vécu au Nord-Cameroun, j’ai entendu les bombardements au Nigéria et j’ai cru que c’était le tonnerre, alors j’ai dit « Quelle chance, ils ont la pluie ! ». Mais quand j’ai su que c’était plutôt les armes qui résonnaient,…, j’avais hâte de partir ! Comme quoi, suivre le Christ n’est pas si facile, donner sa vie reste vraiment une grâce et je vous invite à prier beaucoup pour les âmes consacrées.

Q/ Geneviève. Nous sommes ici les animateurs d’aumônerie. Nous sommes missionnés par l’évêque. Et vous, comment vous faites ?

A l’Extrême-Nord, j’étais chargée des CM1. Il fallait aller les chercher derrière les bœufs ! Je me faisais très proche d’eux : danse, chant, jeux,…, pour faire passer la connaissance, de la mathématique à la géographie, du français aux sciences de la vie et de la terre. Ils aimaient beaucoup les cours de religion parce que je mimais les scènes d’Evangile.

L’EUCHARISTIE

Pour conclure ce temps de témoignage, le P.Michel Buffet rappelle que l’Incarnation c’est le charisme des Fils de Marie Immaculée et des Ursulines de Jésus. « Jésus est entré dans notre histoire. Fideline a vécu dans la zone touchée par Boko Haram. »

Dans son homélie, qu’il a voulue brève pour aller à l’essentiel, le Père Buffet a redit les trois points, que le pape François a donnés aux consacrés comme une feuille de route mais qui valent aussi pour chaque baptisé.
• La joie – la joie de l’Evangile
• Le courage
• La communion avec le Seigneur et avec nos frères.

Un verre de l’amitié a clôturé cette soirée discrètement et profondément fraternelle.

Marie-Claude Peyvieux, secteur la Bastide-Floirac.