Dans l’élan et la fécondité d’une fusion

article paru dans l’Echo de l’Ouest du 4 août 2017

Il y a un an, l’Église reconnaissait comme un seul corps missionnaire les Soeurs de l’Immaculée Conception de Niort et les Ursulines de Jésus qui célèbrent les 215 ans de leur fondation à Chavagnes-en-Paillers par le père Louis-Marie Baudouin. Le décret de fusion a été signé le 31 mai 2016 à Rome, par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée, marquant une étape importante sur un long chemin de collaboration fraternelle.

Depuis une année, les Soeurs de l’Immaculée Conception de Niort et les Ursulines de Jésus forment une seule congrégation, unies dans la spiritualité de l’Incarnation. Des religieuses venues de sept des pays se sont retrouvées à la maison mère, invitées à relire ensemble le sens de leur engagement et l’appel hérité du père Louis-Marie Baudouin.

Du 3 au 28 juillet, pour le premier anniversaire de cette fusion avec la congrégation fondée en 1854 par un prêtre, François-Donatien Pécot, disciple de Louis-Marie Baudouin, le conseil général des Ursulines de Jésus a réuni 25 sœurs de sept pays (Bolivie, Cameroun, Canada, Chili, Espagne, Madagascar et France) à la maison mère pour une session de formation et de renouvellement.

Lors de la célébration d’ouverture de cette session internationale
Un temps de formation

Appelées à vivre une expérience fondatrice, les religieuses qui participaient à cette rencontre à Chavagnes-en-Paillers ont entendu avec force l’appel du père Louis-Marie Baudouin : « Renouvelez-vous dans l’esprit de votre vocation. » « Pour nous aujourd’hui, c’est revivifier notre alliance avec Dieu, avec nous-mêmes et avec nos sœurs afin d’être signe de l’Amour de Dieu pour notre humanité. Appelées à la suite de Jésus Verbe Incarné, touchées par l’audace missionnaire du Père Baudouin, nous avons redécouvert notre identité profonde, notre histoire », explique soeur Marie-Christine Long.

Attentives aux réalités du monde, les Ursulines de Jésus qui vivent leur mission de congrégation de vie apostolique dans onze pays (Bolivie, Canada, Cameroun, Chili, Équateur, Espagne, France, Italie, Madagascar, Royaume-Uni et Irlande) s’attachent à « relever le défi de l’interculturalité, de s’ouvrir aux richesses de la diversité ». « Nous croyons et avons expérimenté qu’elle est source de dynamisme pour notre vie » affirment les religieuses.

Echange deux par deux

Riche en rencontres et en animations, la session qui vient de se tenir à Chavagnes-en-Paillers a été celle de l’apprentissage du langage de la joie. Une joie « contagieuse » qu’elles veulent transmettre, dans la diversité des communautés où elles sont insérées. « Au terme de cette session, nous découvrons une nouvelle manière de relire notre engagement religieux. Nous sommes appelées à changer de paradigme. La solidarité, la sobriété, la simplicité deviennent une nouvelle manière de vivre les voeux d’obéissance, chasteté et pauvreté, pour être libres de nous engager dans un corps missionnaire au service de l’Église et du monde. Ensemble,nous inventons de nouveaux chemins pour contempler, vivre, célébrer et annoncer Jésus- Christ Verbe de Vie », résume soeur Marie-Christine.

Echange : craintes et convictions

Dans la grâce de la vie consacrée, les Ursulines de Jésus sont portées par la conviction inscrite dans le Livre de vie de leur congrégation : « Femmes consacrées, nous croyons que depuis que Dieu s’est fait homme, tout visage humain devient lieu de sa rencontre. » Elles s’attachent à « manifester que l’humanité est destinée à devenir un peuple réconcilié avec Dieu, un peuple vivant dans la communion fraternelle ». C’est le mystère d’Alliance qui est au cœur de la spiritualité héritée du père Louis-Marie Baudouin.

Étienne SENGEGERA, journaliste à l’Echo de l’Ouest

De Chavagnes à Niort



Glanées sur le site internet de la famille spirituelle de l’Incarnation (incarnationweb.org), voici quelques informations sur la vie et l’œuvre du fondateur des Soeurs de l’Immaculée Conception de Niort, congrégation entrée dans le giron de sa devancière de Chavagnes-en-Paillers.

La terre de Madagascar est ajoutée au pied de l’olivier planté en 2002 lors de la célébration du bicentenaire de la fondation des Ursulines de Jésus



Le père François-Donatien Pécot, fondateur de la congrégation des Soeurs de l’Immaculée Conception de Niort, est né le 8 juillet 1815 à La Chapelle sur-Erdre, en Loire-Atlantique. Il est baptisé dès le lendemain à l’église paroissiale. Il a 6 ans lorsque ses parents s’installent à La Garnache, en Vendée. Il fréquente l’école paroissiale, fait sa première communion,puis entre à l’école préparatoire au petit séminaire. Il entre au petit séminaire des Sables d’Olonne en 1830 et en 1934 au grand séminaire de Luçon. Pour achever sa préparation au sacerdoce, il est nommé professeur au petit séminaire de Chavagnes- en-Paillers en 1836. C’est là qu’il va découvrir la spiritualité du père Louis-Marie Baudoin. Lui qui voulait devenir prêtre diocésain sera religieux. Le 13 octobre 1839, il est ordonné prêtre, probablement dans la chapelle du petit séminaire. La société des « Enfants de Marie » devient congrégation, le 21 septembre 1841. Ils sont 9, dont le Père Pécot, à faire leurs premiers voeux, se consacrant au service du Verbe Incarné et de Marie Immaculée.

Au printemps 1845, en mission à Niort, les Pères Coumailleau et Pécot fondent une communauté dans le quartier du Port. Un quartier pauvre, coupé de la ville par la Sèvre, où vivent des familles prolétaires, où les enfants sont sans instruction. Le Père Coumailleau s’occupe des missions dans le département, le Père Pécot est davantage présent sur le quartier. La chapelle des soeurs du Saint et Immaculée Cœur de Marie est mise à leur disposition. Soucieux de vivre, à la suite du Christ, le mystère de l’Incarnation, il est attentif aux besoins des gens. On le voit arpentant les ruelles, discutant avec les maraîchers, les mégissiers, les personnes âgées. « Puisque les gens ne viennent pas à l’église, il faut aller vers eux. » Un souci prédomine : l’éducation. Le Père Pécot se met à la recherche de collaboratrices qu’il recrute en quelques mois : Eulalie Piet, Appolonie Monsel, Catherine Martineau, Marie Guionnet. Une école s’ouvre le 15 octobre 1849, en la fête de sainte Thérèse d’Avila, rue Saint-Gelais. Trente-cinq fillettes sont là. Les institutrices choisissent de vivre ensemble, à l’école, sous le nom de « Dames de la Providence ». Le désir d’être religieuses habitait les jeunes filles même si elles avaient fait le choix de répondre autrement à l’appel de Dieu en disant oui au Père Pécot pour la fondation de l’école. Celui-ci sollicite les Ursulines puis plusieurs congrégations mais aucune ne peut prendre l’école en charge, ce qui aurait permis aux institutrices de rentrer au noviciat. Que faire ? Fonder une nouvelle congrégation ? Il hésite… Tandis que les Dames de la Providence font leur demande à l’évêque de Poitiers, Mgr Pie, il se résout à écrire une règle de vie : « Imiter Jésus et sa Mère, honorer l’Immaculée Conception de Marie, se dévouer à l’instruction de la jeunesse, spécialement des enfants pauvres… »

Le 8 décembre 1854, à Rome, c’est la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception - et, à Niort, la fondation de la congrégation des Sœurs de l’Immaculée Conception. La congrégation va se développer, des écoles primaires s’ouvrent dans les Deux-Sèvres, en Vendée, dans la Vienne. Après, des tensions surgissent. Déçu peut-être, meurtri certainement, le Père est écarté de l’institut qu’il a fondé. Un jour d’octobre 1864, il doit reprendre le chemin de Chavagnes. Il y sera maître des novices jusqu’à sa mort, le 15 avril 1883. Il est inhumé à Chavagnes, dans le cimetière de sa congrégation. Le 8 décembre 1954, à l’occasion du centenaire de la congrégation de l’Immaculée Conception, ses restes sont transférés à Niort, dans la chapelle de la Maison-Mère.

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